SOLO JAZZ GUITAR

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“Je me souviens encore de ma rencontre avec Joe Pass à la sortie d’un concert, en 1975 au festival d’Antibes-Juan les Pins. En quelques mots, il m’a donné une superbe leçon de guitare :le secret d’un bon solo, c’est de le construire autour d’une solide ligne de basse !”
Voilà comment Jacques PANISSET a commencé sa conférence, lundi dernier, à La Chaufferie.
Le décor est planté. Qui mieux qu’un guitariste passionné pour explorer une figure de style particulière : l’art de jouer en solo pour un guitariste de jazz !

Jacques PANISSET a illustré cette variété de jeu et de possibilités en choisissant de s’arrêter (grâce à des extraits audio et vidéo) sur de grandes figures, qui, toutes, témoignent aussi d’un contexte historique, social et artistique.

Drôle d’instrument que cet héritage des Maures d’Espagne (c’est le luthier espagnol Antonio de Torres qui, au XIXe siècle, donne à la guitare sa forme actuelle classique). Premier paradoxe, la guitare n’est ni parfaitement lyrique, ni parfaitement harmonique, ni parfaitement rythmique. Mais, en miroir à cette triple incapacité, elle est bien le seul instrument à justement pouvoir faire un peu des trois.
Un autre paradoxe de cet instrument est que, pendant toute sa période « classique », son répertoire est quasi exclusivement destiné aux solistes, que ce soit le solo absolu (voire le duo) ou le concerto pour guitare et orchestre. Il faudra du temps au jazz, qui est en construction il est vrai, se lance à son tour dans une démarche comparable !

En effet, lorsque le jazz découvre la guitare, c’est dans le sillage du blues, où elle règne essentiellement parce que c’est un instrument bon marché, plutôt complet et facilement transportable. Mais sa puissance est faible face aux cuivres et aux percussions. Il faudra donc la modifier en la dotant de cordes métalliques (grâce, notamment au luthier Christian-Frederick Martin). Ce qui va lui permettre peu à peu de rivaliser et de supplanter le banjo, lequel assure au début du siècle le principal soutien rythmico-mélodique des premiers orchestres.

Sur la toute première photo d’un groupe de jazz (celui de Buddy BOLDEN en 1908), on peut découvrir celui qui fût sans doute l’un des premiers du genre et dont on ne connaît aucun enregistrement, le guitariste Brock MUMFORD.
Vingt plus tard, c’est Eddie LANG qui va s’illustre clairement comme le premier guitariste de jazz à oser le solo (« April Kisses » 1er avril 1927). D’origine italienne, comme nombre de pionniers du jazz (son vrai nom est Salvatore MASSARO), il est, à la base, un formidable accompagnateur de chanteurs. Au point que le grand Bing Crosby (immense vedette à l’époque) fait ajouter une clause dans ses contrats spécifiant qu’Eddie est son accompagnateur attitré. On peut trouver dans cet art de l’accompagnement sûrement venu de la tradition européenne (voir l’extrait video où il est en duo avec la chanteuse Ruth ETTING) la base de la richesse de son jeu. Il fût, de plus, l’un des premiers à oser défier le racisme de l’époque (en 1930, un homme blanc et un homme noir ne pouvaient pas jouer ensemble), et c’est sous le pseudonyme de “Blind Willie Dunn” qu’il enregistrera ses fameux duos avec le guitariste de blues Lonnie JOHNSON. Il influencera des générations de musiciens, dont Django REINHART (notamment ses duos avec le violoniste Joe VENUTI).

À ce stade, il est impossible de hiérarchiser tous les noms qui jalonnent la première moitié du XXe siècle… du méconnu Oscar ALEMAN et son “Whispering” à Carl KRESS et Dick Mc DONOUGH pour leurs nappes sonores modales superbes (« Danzon ») et jusqu’à Georges VAN EPS, inventeur de la guitare à 7 cordes…

Et bien sûr : Django REINHARDT! Il fera de l’improvisation un art, grâce à une sophistication harmonique unique et une maîtrise absolue de son instrument (une création du grand luthier Macaferri produite par Selmer). Il va enregistrer au cours de sa (trop courte) carrière, une bonne douzaine d’improvisations en solo absolu qui sont, chacune, de véritables petits oratorios miniature et dans lesquels Django se permet toutes les audaces et fantasmes du compositeur de « grande musique » qu’il souhaitait être.

C’est alors que dans les années 40 et 41 naît le be-bop dans une cave new-yorkaise : le MINTON’S PLAYHOUSE. La grande figure guitaristique de cette aventure sera Charlie CHRISTIAN, mort trop jeune au terme d’une carrière météoritique qui ne lui laissera pas le temps de s’exprimer en solo absolu. Il fait école et dans sa trace, émerge une génération de formidables stylistes tels le génial Wes MONTGOMERY (qui, néanmoins, laissera peu de pièces en solo) ou les Johnny SMITH, Kenny BURREL, Barney KESSEL, Jim HALL. Avec d’autres, ils vont s’attacher à raffiner cet art et adapter l’héritage d’Eddie LANG au langage bop et, au fond, inventer un jeu de guitare de plus en plus pianistique.

Dans cet esprit, JOE PASS fait sensation en 1974 avec son disque « Virtuoso » suivi de ses premiers concerts en Europe (tel celui de Juan, où se pressait le gotha français des guitaristes de jazz!). Suivront de nombreux autres disques en solo et en duo avec Ella Fitzgerald, dans lesquels on retrouve l’influence de Mc Donough et d’Eddie Lang transposée dans le bop, et où le génie et la générosité de Pass explosent.

La prochaine révolution sera emmenée par le Britannique John McLAUGHLIN. Engagé dans une démarche spirituelle (il suit l’enseignement du guru Indien Sri Chinmoy), son disque « My Goal’s Beyond » lui permet d’explorer les croisements entre musiques indiennes jazz moderne de Miles Davis ou Chick Corea et annonce le « jazz-fusion » du Mahavishnu Orchestra. Il réhabilite la guitare acoustique (avec une des premières Ovation Balladeer à caisse en fibre de verre de forme ovale) et révolutionne au passage les conceptions harmoniques et rythmiques habituelles (rythmes impairs). Son jeu s’approche parfois du sitar (certains de ses instruments ultérieurs allaient être dotés de cordes “sympathiques”).

Pendant ce temps, un autre Britannique, Derek BAILEY, après avoir suivi le parcours le plus classique qui soit en jazz (dixieland puis swing, puis bop) va brusquement s’attacher à réinventer un nouveau langage et s’inscrire dans le sillage des pionniers européens des « musiques improvisées » … sans jamais renier les standards, à la façon d’Eddie LANG, comme le montre son album “Ballads”, l’un de ses derniers disques préfacé par Marc RIBOT.

C’est en évoquant ce dernier que se conclut la première partie de l’aventure. Il faudra ultérieurement revenir sur la période la plus récente, évoquer les apports de l’électronique et l’utilisation de techniques particulières (tapping), les métissages avec les cultures extra européennes, en commençant par le père de la guitare jazz moderne, JIM HALL.

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